Philippe Elhem pour le magazine "Crescendo"

THE KRIS WANDERS UNIT
ON THE EDGES OF SILENCE

K. Wanders (saxophone ténor), Andy Sugg (saxophones soprano & tenor), Tom Fryer (guitare), Mick Meagier (contrebasse), Ted Vining (batterie)
2004 – textes de pochette en anglais – 61’09 – NEW3144.2

THE KRIS WANDERS/ ANDY SUGG UNIT
INVOCATION/ LIVE @ RADIO 3PBS FM

K. Wanders (saxophone ténor), A. Sugg (saxophone ténor), T. Fryer (guitare), Rory Brown (contrebasse), T. Vining (batterie)
2006 – textes de pochette en anglais – 53’04 – Sound Vault Records SV0547

L’histoire de Kris Wanders est, pour le moins, singulière.
Musicien hollandais vivant à Gand dans les années soixante, il a fait parti de la poignée de pionniers qui fut à la base de ce qui deviendra la Musique improvisée Européenne telle que nous la connaissons aujourd’hui. Partenaire de Fred van Hove et de Peter Brötzmann (dont des témoins de l’époque nous affirment que le jeu de ce dernier doit beaucoup à Wanders), le saxophoniste fut aussi membre du premier Globe Unity.
Et puis, soudainement, au début des années septante, pour des raisons qui lui sont propres (dont un certain découragement devant les conditions de vie faites aux musiciens s’adonnant à « l’improvisation »), il décide d’émigrer en Australie d’où, très vite, il cessera de donner signe de vie – toutefois, les quelques rares musiciens européens qui le croiseront sur le continent austral dans les années nonante démentiront qu’il ne soit mort comme l’affirmait la rumeur. C’est d’ailleurs l’un d’eux, Johannes Bauer qui sera à l’origine de son retour en Europe, après trente quatre ans d’exil, l’automne dernier pour une mini-tournée qui verra le saxophoniste se produire aux côtés du bassiste Peter Jacquemyn, du batteur Mark Sanders et du tromboniste suisse-allemand. Malgré sa brièveté, elle aura eu entre autres vertus, de démontrer à ceux qui le connaissaient ou qui, comme nous, le découvrir à cette occasion, qu’il n’avait, c’est le moins que l’on puisse dire, rien perdu de ses qualités. Bien au contraire.
Car, loin d’avoir renoncé à la musique, Kris Wanders, malgré des conditions de vie pas toujours faciles, à su susciter, sinon en Australie du moins dans la communauté dans laquelle il vit, une petite scène ou les musiciens s’adonnent à l’improvisation libre.
C’est avec quelques-uns d’entre eux qu’il a formé un groupe stable (seul le bassiste a changé entre les deux albums sous rubrique enregistrés à deux ans de distance), quintet particulièrement performant pratiquant une improvisation musclée qui ne manquera pas de rappeler aux amateurs la musique produite en Europe dans les années septante même si Kris Wanders et ses partenaires ne cessent de déborder de partout ce cadre trop restreint.
Le résultat se traduit par une approche radicale de l’improvisation collective où les instruments, dans leur étroit entrelacement, fabriquent un épais tissu musical qui laisse néanmoins s’ouvrir de larges trouées ou s’engouffrent dès qu’il le peuvent les deux saxophonistes et le guitariste. Pourtant, et malgré la présence d’un autre ténor (et, occasionnellement sopraniste), le saxophoniste Andy Slugg (crédité comme leader en second sur le deuxième album), il est peu discutable que Kris Wanders, auteur de la totalité des compositions des deux disques -des thèmes arrangés avec précision qui favorisent au mieux la plongée dans le maelström-, domine l’ensemble du processus musical dont il est le moteur principal.
Son énorme ; présence impressionnante. Jamais pourtant le ténor ne cherche à tirer la couverture à lui. Au contraire, il n’a de cesse de favoriser dans le même geste l’expression collective ET individuelle en n’hésitant jamais à mettre en avant ses partenaires. Parmi ceux-ci, le guitariste Tom Fryer s’impose de façon assez nette comme le plus intéressant des partenaires de Kris Wanders à travers des solos au long cours dont l’invention toujours renouvelée n’aura pas de peine à retenir jusqu’au bout l’attention de l’auditeur.
Bref, à l’arrivée, « On the Edge » et « Invocation » se révèlent particulièrement passionnant et nous ne saurions trop les recommander à tous ceux qu’une certaine forme d’intensité dans l’expression n’effraie pas. Ils y découvriront un fameux saxophoniste qui, bien qu’étant entré dans sa sixième décennie, n’a rien à envier aux Matt Bauder, Ken Vandermark, Dave Rempis, Mats Gustafsson, Ellery Eskelin et autres Assif Tsahar sur le plan de l’énergie pure. Comme par ailleurs, il a conservé une fraicheur et un imaginaire que sont encore loin de développer les précités (et pas seulement eux, d’ailleurs), il se pourrait bien que le saxophoniste à la fois le plus brûlant mais aussi le plus frais de l’année, se nomme Kris Wanders. Il est, comme le sont ces deux CD, à découvrir d’urgence.

ON THE EDGE OF SILENCE : 7,5 (Image sonore bien construite) – Artistique : 10.
INVOCATION : 7,5 (Prise de son radiophonique globale de bonne qualité) – Artistique : 9.
(Distributeur/ vendeur : improjazz. Site internet: http://perso.wanadoo.fr/improjazz)

 

 

 

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